La grammaire est une chanson douce de Erik Orsenna ou Comment un écrivain nous passionne pour la langue française…

Publié le par Lilmoliku

N’avez-vous jamais pensé aux mots, je veux dire à la vie des mots, leurs sentiments, leurs pensées, tels des êtres humains ?

 

Eh bien je vous propose d’embarquer avec moi au pays des noms, verbes ou autres adjectifs, dans l’univers de la littérature et de la poésie, avec pour commandant de bord le conseiller d’Etat, président du Centre international de la mer, membre de l’Académie française, écrivain, mais surtout amoureux de notre belle langue française : Erik Orsenna…

 

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J’ai découvert cet auteur mais surtout son livre, La grammaire est une chanson douce, il y a quelques années déjà (il faut dire que ce livre date de 2001).

En fait, pour la petite histoire, c’est plutôt mon frère qui a découvert ce livre, il y a environ sept ans, grâce à son professeur de Français de sixième, qui a eu l’excellente idée de le leur lire en classe. Et mon frère, passionné de lecture avant moi n’a pas hésité à acheter le livre qu’il avait tant aimé.

Aussi peut-on dire que c’est grâce à cette grande dame à mes yeux (que j’ai eu la chance d’avoir comme professeur une année) que j’ai pu découvrir ces romans, alors, même si de toute façon peu de gens savent de qui je parle : Merci à vous, professeur !

 

Bien, je pense que j’ai maintenant fini ma petite partie « souvenirs » ; il est donc temps de revenir à mon article et surtout aux livres :

Je crois que j’ai lu La grammaire est une chanson douce ainsi que sa suite, Les chevaliers de subjonctif dès la sortie de ce dernier (en 2004) ; mais, bien que les ayant achetés dès leur sortie, je n’avais pas encore lu le troisième tome, La révolte des accents (sorti en 2007), et le quatrième tome, Et si on dansait ? (publié lui en 2009).

 

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C’est maintenant chose faite, puisque j’ai profité d’être dans ma période « J’améliore mon orthographe » et d’avoir fini Le Français facile pour les nuls, pour mon plonger dans la dégustation de ces romans, achevée en moins de quatre jours (il faut dire que ces livres sont relativement courts, une cent-cinquantaine de pages tout au plus).

 

Je ne vais bien sûr pas vous faire un résumé de chaque tome, mais je me dois de vous faire celui de La grammaire est une chanson douce, et je ne saurais résister à l’envie de vous mettre quelques extraits pour que vous découvriez, ou redécouvriez, toute la poésie et la beauté de l’écriture de Erik Orsenna :

 

« Méfiez-vous de moi !

Je parais douce, timide, rêveuse et petite pour mes dix ans. N’en profitez pas pour m’attaquer. Je sais me défendre. Mes parents (qu’ils soient remerciés dans les siècles des siècles !) m’ont fait cadeau du plus utile car de plus guerrier des prénoms : Jeanne. »

 

C’est ainsi que s’ouvre le livre et que se présente la héroïne.

Ses parents sont séparés, l’un habite en France et l’autre aux Etats-Unis ; c’est pourquoi elle voyage souvent en bateau, avec son frère aîné Thomas (quatorze ans), entre les deux continents.

Cependant, cette année, une horrible tempête est au rendez-vous et tandis que le bateau coule, Thomas et Jeanne se retrouvent sur une île étrange, dont les mots sont les habitants tout autant que les humains.

Ayant perdus le langage lors du naufrage, ils vont devoir le réapprendre, mais ils vont surtout découvrir, et redécouvrir, la langue française sur cette île merveilleuse…

 

Il est maintenant temps de vous donner mon avis ! (Bien que vous compreniez déjà que j’ai adoré ce livre ^^.)

 

Points forts :

 

Tout d’abord, rien que l’idée est géniale, combinée à l’écriture de son auteur, cela rend un livre très poétique, qui nous fait voyager, mais surtout qui nous fait aimer les mots.

 

De plus, je trouve que ce livre peut vraiment convenir à tout type de public, il fait découvrir la grammaire aux plus jeunes grâce à des explications simples, mais pas ennuyeuses car toujours imagées (ainsi, les mots « Constitution » ou « analyse d’urine » sont « sévères, clairement conscients de leur importance, amoureux de la ligne droite », tandis que les mots « Plaisir » ou « Huile d’olive » sont « beaucoup plus fantaisistes, incontrôlables […] comme de minuscules chevaux fous, comme des papillons ivres » - le passage de la description de la « ville aux mots » est absolument fabuleux !-, le CNRS devient le Centre National de Recherche sur le Subjonctif… il y aurait tant d’exemples !)

Mais ce livre peut aussi convenir aux adultes, qui vont le lire d’une autre façon je pense, il va changer leur avis vis-à-vis des mots, de la grammaire…

 

On s’attache vraiment énormément à Jeanne, et on est persuadé d’être dans son esprit, et j’aime vraiment la façon dont elle évolue au fur et à mesure des livres (il faut dire qu’elle a seize ans dans le dernier livre et donc qu’elle ne s’exprime pas de la même façon).

 

J’ai également bien apprécié les références à quelques auteurs, comme St-Exupéry, Marcel Proust, Ernest Hemingway, etc. Ces références ne sont pas forcément très nombreuses, mais dès qu’il y en a, Erik Orsenna nous présente ces auteurs d’une façon tellement belle qu’on ne peut que vouloir les découvrir.

 

Enfin, point de détails, j’ai beaucoup aimé les illustrations. Ce ne sont pas les mêmes illustrateurs pour tous les livres (Bigre a illustré les deux premiers, et Montse Bernal les deux derniers), mais chacun dans leur style, je trouve que les illustrations vont vraiment bien avec le livre, et permettent vraiment d’accrocher un public peut-être pas très lecteur…

 

Je pourrais encore m’attarder longtemps et complimenter sur mille points ce livre, mais je vais tenter de lui trouver des points faibles (qui ne sont vraiment pas nombreux)…

 

Point faible :

 

Le seul petit point faible que je peux dire, c’est que je trouve que les suites de La grammaire est une chanson douce ne valent pas ce dernier. En effet, je trouve qu’elles sont beaucoup plus axées sur le personnage de Jeanne que sur les mots, mais bon, je pense que ça vaut quand même le coup de les lire car c’est toujours une superbe écriture.

 

Avant de vous laisser, je tenais vraiment à vous mettre quelques extraits, piochés un peu partout dans les quatre livres :

 

« Nous approchions d’un bâtiment qu’éclairait mal une croix rouge tremblotante.

- Voici l’hôpital, murmura Monsieur Henri.

Je frissonnai.

L’hôpital ? Un hôpital pour les mots ? Je n’arrivais pas à y croire. Le honte m’envahit. Quelque chose me disait que, leurs souffrances nous en étions, nous les humains, responsables. Vous savez, comme ces Indiens d’Amérique morts de maladies apportées par les conquérants européens. […]

Monsieur Henri me jeta un bref regard et décida d’entrer.

Elle était là, immobile sur son lit, la petite phrase bien connue, trop connue :

 

Je

t’

aime.

 

Trois mots maigres et pâles, si pâles. Les sept lettres ressortaient à peine sur la blancheur des draps. Trois mots reliés chacun par un tuyau de plastique à un bocal plein de liquide. »

 

La grammaire est une chanson douce

 

« Un hurlement me réveilla, bientôt suivi par des dizaines d’autres :

- Faites demi-tour !

- Atterrissez tout de suite !

- Annoncez vos noms !

- Prends garde à toi, pilote !

Je rouvris les yeux. Le cartographe me souriait :

- Tu voulais connaître la folie des ces gens ? La voilà. Ils n’arrêtent pas de donner des ordres. Du matin jusqu’au soir. Et à n’importe quel sujet. Leur maladie, c’est l’impératif. »

 

Les Chevaliers du Subjonctif

 

« Surtout, j’ai lutté, je vous jure, lutté de toutes mes forces contre mon défaut majeur que vous avez déjà, oh ma honte ! remarqué : ma passion pour les parenthèses.

Chères parenthèses qui permettent d’intercaler dans la phrase des précisions, des explications, des remarques personnelles !

Mes professeurs m’ont dit, et répété, qu’elles ne sont pas essentielles au sens, qu’elles ralentissent le rythme, qu’elles alourdissent le texte…

Je suis une fille intelligente. Je comprends ces arguments. Alors pourquoi m’obstiné-je dans ma maladie ? Vais-je continuer longtemps à truffer mes écrits de parenthèses ?

Je vais vous répondre.

Car j’ai réfléchi.

Comment expliquer mon étrange amour pour les parenthèses ?

Trois raisons me sont venues. »

 

Et si on dansait ?

 

Je ne peux que vous conseiller d’aller sur le site de l’auteur, site extrêmement bien fait (link), et bien sûr de vous encourager à me dire ce que vous pensez de ces livres et de cet article.

 

D’ici là, bonnes lectures !

 

Publié dans [Livres] J'ai adoré !

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